Créer une SASU tout en continuant à percevoir ses allocations chômage : c’est non seulement possible, mais c’est même une stratégie courante chez les entrepreneurs qui souhaitent se lancer sans sacrifier leur sécurité financière. Encore faut-il bien en connaître les règles, qui ont été substantiellement modifiées depuis avril 2025. Tour d’horizon complet sur la SASU et le chômage en 2026.
Comment fonctionne l’ARE pour le président de SASU ?
L’Aide au Retour à l’Emploi (ARE) est une allocation versée par France Travail aux demandeurs d’emploi qui ont suffisamment cotisé au cours de leur carrière salariée. Son montant et sa durée dépendent du profil de l’allocataire : âge, salaire de référence, durée des emplois précédents.
Premier point essentiel à comprendre : la SASU ne crée pas de nouveaux droits au chômage. Le président de SASU est certes considéré comme assimilé salarié et bénéficie à ce titre du régime général de la Sécurité sociale (maladie, retraite, prévoyance), mais il ne cotise pas à l’assurance chômage. En cas de cessation volontaire d’activité ou de fermeture de la société, il n’ouvre donc aucun droit à l’ARE.
En revanche, si le créateur de SASU percevait déjà des allocations chômage au titre d’un emploi salarié antérieur, il peut continuer à les toucher après la création de sa société, sous certaines conditions.
Ce qui a changé depuis le 1er avril 2025
La réforme de l’assurance chômage entrée en vigueur en avril 2025 a introduit une restriction importante : le cumul ARE et activité de création d’entreprise est désormais plafonné à 60 % du reliquat de droits restants au moment de la création de la SASU. Pour bénéficier des 40 % restants, le dossier doit être réexaminé par une instance paritaire régionale.
Par ailleurs, depuis 2026, France Travail mensualise l’ARE sur 30 jours, ce qui peut légèrement réduire la durée globale d’indemnisation. Il est donc recommandé de se renseigner auprès de France Travail avant de se lancer, afin de connaître précisément son reliquat de droits.
Autre point de vigilance : tout versement de dividendes pendant la première période d’indemnisation entraîne la perte définitive des 40 % restants. Une règle à intégrer impérativement dans sa stratégie de rémunération.
SASU et rémunération : quel impact sur l’ARE ?
Le maintien des allocations chômage dépend directement du niveau de rémunération que se verse le président de SASU. Trois situations sont possibles.
1. Le président ne se verse aucun salaire
C’est la configuration la plus favorable : l’ARE est maintenue à 100 %. Il est toutefois obligatoire de justifier cette absence de rémunération auprès de France Travail, soit par un procès-verbal de non-rémunération établi par l’associé unique, soit par une clause de non-rémunération insérée dans les statuts de la société. L’actualisation mensuelle reste obligatoire, même si aucun revenu n’est déclaré.
2. Le président perçoit une rémunération inférieure à son ancien salaire
Un cumul partiel ARE + salaire est possible. France Travail applique la formule suivante pour calculer l’ARE du mois :
ARE brute mensuelle − 70 % de la rémunération brute du président de SASU
Le résultat est divisé par le montant de l’allocation journalière pour déterminer le nombre de jours indemnisables. Attention : le cumul ARE + rémunération ne peut en aucun cas dépasser l’ancien salaire brut de référence.
3. Le président se verse un salaire égal ou supérieur à son ancien salaire
Dans ce cas, France Travail ne verse aucune allocation. L’ARE est suspendue tant que la rémunération reste à ce niveau.
Dans tous les cas, l’actualisation mensuelle auprès de France Travail est une obligation. Toute omission de déclaration (notamment le non-signalement de dividendes) peut entraîner une demande de remboursement des sommes indûment perçues.
Cas pratiques
Cas n°1 : lancement sans rémunération
Sophie, ancienne salariée, crée sa SASU en janvier 2026. Elle dispose d’un reliquat de droits de 12 mois d’ARE à 1 800 €/mois. Elle choisit de ne pas se verser de salaire pendant les six premiers mois pour laisser la trésorerie de sa société se consolider. Elle perçoit l’intégralité de son ARE, soit 1 800 €/mois, pendant 7,2 mois (60 % de 12 mois) sans réduction, sous réserve de ne distribuer aucun dividende et de s’actualiser chaque mois auprès de France Travail.
Cas n°2 : cumul partiel ARE + salaire
Thomas crée une SASU et se verse 1 400 € bruts par mois en tant que président. Son ARE mensuelle de référence est de 2 100 €. France Travail déduit 70 % de sa rémunération soit 980 € (1 400 × 70 %). Son ARE mensuelle est donc réduite à 1 120 € (2 100 − 980). Le cumul total (1 400 + 1 120 = 2 520 €) reste inférieur à son ancien salaire brut, la condition est respectée.
Cas n°3 : l’alternative ARCE
À la place du versement mensuel de l’ARE, il est possible d’opter pour l’ARCE (Aide à la Reprise ou à la Création d’Entreprise). Ce dispositif permet de recevoir 60 % des droits restants sous forme de capital, versé en deux fois : 50 % à la création, puis 50 % six mois plus tard si la société est toujours en activité.
L’ARCE est particulièrement adaptée aux créateurs qui prévoient de se rémunérer rapidement ou qui ont besoin d’un apport initial pour financer le démarrage. En revanche, ARE et ARCE ne sont pas cumulables : il faut choisir l’un ou l’autre.

